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Fête du Saint-Sacrement 2012: homélie de Benoît XVI – Ne pas opposer la célébration et l’adoration eucharistiques

Fête du Saint-Sacrement 2012: homélie de Benoît XVI

Ne pas opposer la célébration et l’adoration eucharistiques

Homélie de Benoît XVI :

Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour. Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

ROME, jeudi 7 juin 2012

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT [Anita Bourdin]

   

Exclus d’hier et d’aujourd’hui – Homélie de l’Abbé Bernard Scher

Homélie du 6e dimanche du Temps Ordinaire – 12.02.2012

Pour un lépreux, la loi de Moïse était très dure, nous l’avons entendu dans la 1re lecture. Tant qu’il gardait cette maladie, il était interdit de tout contact avec la société, rejeté hors du camp. Et, du temps de Jésus il en était encore de même. C’est pourquoi il fallait un sacré courage à ce lépreux pour s’approcher de Jésus, en osant braver cette loi d’exclusion.

Les lépreux n’étaient pas seulement des gens non fréquentables par crainte de contagion, mais ils étaient considérés comme des « impurs » aux yeux de la loi religieuse, qui disait qu’ils ‘étaient punis par Dieu’. Exclus de la société civile et religieuse, ils n’existaient pratiquement plus, parce qu’on devait les fuir et les écarter de toute civilisation. Les vêtements déchirés qu’ils devaient porter et leurs cheveux en désordre étaient les signes caractéristiques du deuil. Ils étaient considérés comme des morts-vivants.

Dans ce contexte, cet événement que nous rapporte St Marc, prend une signification très forte. Ce lépreux, au lieu de crier de loin : « impur, impur », afin que personne ne l’approche, vient se prosterner devant Jésus et il Lui dit tout simplement : « Si tu le veux, tu peux me guérir ». Il exprime ainsi sa foi et sa confiance en Lui.

Jésus, au lieu de s’écarter ou de s’enfuir, étend la main et le touche. En faisant cela Il enfreint la loi et Il devient Lui-même impur. Mais Il est au-dessus de la Loi ; pour que cet homme puisse réintégrer la société, Il l’envoie au prêtre qui constatera sa guérison. Dans sa joie, et on le comprend, l’homme guéri proclame partout la Bonne Nouvelle de sa guérison, de sa vie nouvelle ; son témoignage public prouve qu’il est de nouveau intégré dans la société.

Oui, c’est cela, notre Jésus ! Il n’a pas peur de se mêler à la vie des hommes, d’enfreindre les lois, même religieuses, pour délivrer ceux qui souffrent et qui sont rejetés, Il est venu dans notre pâte humaine pour remettre l’homme debout et lui redonner toute sa dignité.

Et nous les chrétiens, nous qui sommes les disciples de ce Christ qui doit être notre modèle, comment agissons-nous vis-à-vis de tous ces « lépreux » que le monde moderne produit encore aujourd’hui : les exclus de la société parce que ‘sans travail’, ces chômeurs que certains (ceux qui ont la chance d’avoir du travail) traitent de fainéants, tous ces ‘Sans Domicile Fixe’ (ceux qu’on appelle avec pitié ou avec mépris, les « SDF »), les ‘lépreux’ que sont tous les étrangers que l’on évite et que l’on critique au lieu d’essayer de les comprendre. Tous ces jeunes qui ne se sentent pas compris, pas accueillis par nous les adultes, qui réagissent parfois violemment parce qu’ils n’ont plus de repères, pas d’avenir.

Tous nous avons des « lépreux » dans notre entourage, dans notre vie. Comment les traitons-nous ? Comment les aidons-nous à se remettre debout ?

Non, « nous ne pouvons pas porter toutes les misères du monde », comme nous disons parfois, à raison. Pourtant nous sommes disciples de ce Jésus qui ose toucher le lépreux pour le remettre debout. Et, malheureusement la lèpre de l’égoïsme, de l’indifférence, de la haine, des critiques méchantes et des jugements téméraires, encombre notre cœur et empeste notre vie. Tout cela n’est pas toujours facile à déraciner Il y faut du courage, de la persévérance et parfois très longtemps pour nous défaire de ces ‘lèpres’.

Mais n’ayons pas peur d’aller vers le Seigneur et de Lui demander, à l’exemple du lépreux : « Seigneur, si Tu le veux, Tu peux me guérir »

Redisons-Lui régulièrement cette parole que nous disons avant chaque communion : « … Dis seulement une parole et je serai guéri ».

AMEN.
Abbé Bernard SCHER

 

CHAPELLE PAPALE POUR LA CANONISATION DE LA BIENHEUREUSE MARIA FAUSTYNA KOWALSKA – HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II

CHAPELLE PAPALE POUR LA CANONISATION 
DE LA BIENHEUREUSE MARIA FAUSTYNA KOWALSKA

HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II

Dimanche 30 avril 2000

Écouter cette homélie en audio mp3 (12 minutes 53s – 11.8mo)

1. « Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia eius », « Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour! » (Ps 118, 1). C’est ce que chante l’Eglise en l’Octave de Pâques, recueillant presque des lèvres du Christ ces paroles du Psaume; des lèvres du Christ ressuscité, qui dans le Cénacle, apporte la grande annonce de la miséricorde divine et en confie le ministère aux apôtres:  « Paix à vous! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie […] Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 21-23).

Avant de prononcer ces paroles, Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du coeur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. De ce coeur, Soeur Faustyna Kowalska, la bienheureuse que dorénavant nous appellerons sainte, verra partir deux faisceaux de lumière qui illuminent le monde. « Les deux rayons, lui expliqua un jour Jésus lui-même, représentent le sang et l’eau » (Journal, Librairie éditrice vaticane, p. 132).

2. Sang et eau! La pensée s’envole vers le témoignage de l’évangéliste Jean, qui, lorsqu’un soldat sur le Calvaire frappa de sa lance le côté du Christ, en vit sortir « du sang et de l’eau » (cf. Jnt 19, 34). Et si le sang évoque le sacrifice de la croix et le don eucharistique, l’eau, dans la symbolique de Jean, rappelle non seulement le Baptême, mais également le don de l’Esprit Saint (cf. Jn 3, 5; 4, 14; 7, 37-39).

A travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes:  « Ma Fille, dis que je suis l’Amour et la Miséricorde en personne », demandera Jésus à Soeur Faustyna (Journal, 374). Cette miséricorde, le Christ la diffuse sur l’humanité à travers l’envoi de l’Esprit qui, dans la Trinité, est la Personne-Amour. Et la miséricorde n’est-elle pas le « second nom » de l’amour (cf. Dives in misericordia, n. 7), saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon?

Aujourd’hui, ma joie est véritablement grande de proposer à toute l’Eglise, qui est presque un don de Dieu pour notre temps, la vie et le témoignage de Soeur Faustyna Kowalska. La Divine Providence a voulu que la vie de cette humble fille de la Pologne soit totalement liée à l’histoire du vingtième siècle, le siècle que nous venons de quitter. C’est, en effet, entre la Première et la Seconde Guerre mondiale que le Christ lui a confié son message de miséricorde. Ceux qui se souviennent, qui furent témoins et qui prirent part aux événements de ces années et des atroces souffrances qui en découlèrent pour des millions d’hommes, savent bien combien le message de la miséricorde était nécessaire.

Jésus dit à Soeur Faustyna:  « L’humanité n’aura de paix que lorsqu’elle s’adressera avec confiance à la Divine Miséricorde » (Journal, p. 132). A travers l’oeuvre de la religieuse polonaise, ce message s’est lié à jamais au vingtième siècle, dernier du second millénaire et pont vers le troisième millénaire. Il ne s’agit pas d’un message nouveau, mais on peut le considérer comme un don d’illumination particulière, qui nous aide à revivre plus intensément l’Evangile de Pâques, pour l’offrir comme un rayon de lumière aux hommes et aux femmes de notre temps.

3. Que nous apporteront les années qui s’ouvrent à nous? Quel sera l’avenir de l’homme sur la terre? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu’à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de Soeur Faustyna, illuminera le chemin des hommes du troisième millénaire.

Comme les Apôtres autrefois, il est toutefois nécessaire que l’humanité d’aujourd’hui accueille elle aussi dans le cénacle de l’histoire le Christ ressuscité, qui montre les blessures de sa crucifixion et répète:  Paix à vous! Il faut que l’humanité se laisse atteindre et imprégner par l’Esprit que le Christ ressuscité lui donne. C’est l’Esprit qui guérit les blessures du coeur, abat les barrières qui nous éloignent de Dieu et qui nous divisent entre nous, restitue la joie de l’amour du Père et celle de l’unité fraternelle.

4. Il est alors important que nous recevions entièrement le message qui provient de la Parole de Dieu en ce deuxième Dimanche de Pâques, qui dorénavant, dans toute l’Eglise, prendra le nom de « Dimanche de la Miséricorde divine ». Dans les diverses lectures, la liturgie semble désigner le chemin de la miséricorde qui, tandis qu’elle reconstruit le rapport de chacun avec Dieu, suscite également parmi les hommes de nouveaux rapports de solidarité fraternelle. Le Christ nous a enseigné que « l’homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu’il est appelé à « faire miséricorde » aux autres:  « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7) » (Dives in misericordia, n. 14). Il nous a ensuite indiqué les multiples voies de la miséricorde, qui ne pardonne pas seulement les péchés, mais répond également à toutes les nécessités de l’homme. Jésus s’incline sur toute forme de pauvreté humaine, matérielle et spirituelle.

Son message de miséricorde continue de nous atteindre à travers le geste de ses mains tendues vers l’homme qui souffre. C’est ainsi que l’a vu et l’a annoncé aux hommes de tous les continents Soeur Faustyna, qui, cachée dans son couvent de Lagiewniki, à Cracovie, a fait de son existence un chant à la miséricorde:  Misericordias Domini in aeternum cantabo.

Le Saint-Père a ensuite poursuivi en polonais: 

5. La canonisation de Soeur Faustyna revêt une éloquence particulière:  à travers cet acte, j’entends transmettre aujourd’hui ce message au nouveau millénaire. Je le transmets à tous les hommes afin qu’ils apprennent à connaître toujours mieux le véritable visage de Dieu et le véritable visage de leurs frères.

L’amour de Dieu et l’amour des frères sont en effet indissociables, comme nous l’a rappelé la première Epître de Jean:  « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu à ce que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements » (5, 2). L’Apôtre nous rappelle ici à la vérité de l’amour, nous montrant dans l’observance des commandements la mesure et le critère.
Il n’est pas facile, en effet, d’aimer d’un amour profond, fait de don authentique de soi. Cet amour ne s’apprend qu’à l’école de Dieu, à la chaleur de sa charité. En fixant le regard sur Lui, en nous syntonisant sur son coeur de Père, nous devenons capables de regarder nos frères avec des yeux nouveaux, dans une attitude de gratuité et de partage, de générosité et de pardon. Tout cela est la miséricorde!

Dans la mesure où l’humanité saura apprendre le secret de ce regard miséricordieux, la description idéale de la première lecture se révèle être une perspective réalisable:  « La multitude des croyants n’avait qu’un coeur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Ac 4, 32). Ici, la miséricorde du coeur est devenue également un style de rapports, un projet de communauté, un partage de biens. Ici ont fleuri les « oeuvres de miséricorde » spirituelles et corporelles. Ici, la miséricorde est devenue une façon concrète d’être le « prochain » des frères les plus indigents.

6. Soeur Faustyna Kowalska a écrit dans son journal:  « J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon coeur; je porte dans mon coeur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain » (Journal, p. 365). Voilà à quel point de partage conduit l’amour lorsqu’il se mesure à l’amour de Dieu!

C’est de cet amour que l’humanité d’aujourd’hui doit s’inspirer pour affronter la crise de sens, les défis des besoins les plus divers, en particulier l’exigence de sauvegarder la dignité de chaque personne humaine. Le message de la divine miséricorde est ainsi, de façon implicite, également un message sur la valeur de chaque homme. Chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu, le Christ a donné sa vie pour  chacun,  le  Père  fait  don  à tous de son Esprit et offre l’accès à son intimité.

7. Ce message réconfortant s’adresse en particulier à celui qui, touché par une épreuve particulièrement dure ou écrasé par le poids des péchés commis, a perdu toute confiance dans la vie et est tenter de céder au désespoir. C’est à lui que se présente le visage doux du Christ,  c’est  sur  lui  qu’arrivent  ces rayons qui partent de son coeur et qui illuminent, réchauffent, indiquent le chemin et diffusent l’espérance. Combien d’âmes a déjà réconforté l’invocation:  « Jésus, j’ai confiance en Toi », que la Providence a suggérée à Soeur Faustyna! Cet acte simple d’abandon à Jésus dissipe les nuages les plus épais et fait pénétrer un rayon de lumière dans la vie de chacun.

8. Misericordia Domini in aeternum cantabo (Ps 88 [89], 2). A la voix de la Très sainte Vierge Marie, la « Mère de la miséricorde », à la voix de cette nouvelle sainte, qui dans la Jérusalem céleste chante la miséricorde avec tous les amis de Dieu, nous unissons nous aussi, Eglise en pèlerinage, notre voix.

Et toi, Faustyna, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l’Eglise, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la miséricorde divine, aide-nous à en faire l’expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et d’espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité. Aujourd’hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité, nous faisons nôtre ta prière d’abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance:  Jésus, j’ai confiance en Toi!

Pape Jean-Paul II



Croyant mais pas pratiquant? – Abbé Bernard Scher

Lundi dernier, lors de la première réunion du C.I.P. (Conseil Inter Paroissial – 19 personnes de la ‘Communauté de Paroisses St Benoît de Bouzonville’ étaient présentes), nous avons partagé et réfléchi à partir de l’expression que l’on entend souvent : «Je suis croyant, mais pas pratiquant», et nous nous sommes demandé ce que cela signifiait.
Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous pose la question directement : «Pour vous, qui suis-je ?» Il faut le reconnaître : aujourd’hui la FOI ce n’est plus une préoccupation pour beaucoup, même pas pour un certain nombre de chrétiens. Des théologiens se sont demandé : «Le christianisme va-t-il mourir ?» Et des prêtres disent parfois, avec un brin d’humour : «Sommes-nous les derniers des mohicans ?»

Les effectifs des catholiques, en France et ailleurs sont en baisse, tous les sondages le révèlent. Il y a de moins en moins de monde à l’église, mais qu’est-ce que cela signifie ? Saint Augustin (5e s.) disait déjà : «Beaucoup, qui se croient dedans, sont dehors et beaucoup qui se croient dehors, sont dedans.»

A la lumière des textes de ce 24ème dimanche du temps ordinaire, faisons le point de notre situation : La question fondamentale, posée à tout chrétien, est cette demande de Jésus : «Pour vous, qui suis-je ?» Jésus se rendait bien compte qu’Il était mal perçu par beaucoup de ses contemporains et Il fait un « sondage d’opinions ». Il se rendait compte que les foules lui prêtaient des visages divers; mais la plupart ne voyaient pas en Lui le Messie attendu par le Peuple Juif.
Si l’Église d’aujourd’hui est en perte de vitesse c’est peut être parce qu’elle n’a pas su ‘marcher derrière le Christ en portant sa croix’. Trop longtemps (et peut-être aujourd’hui encore) elle était une puissance qui imposait son autorité aux rois, aux gouvernants, aux peuples et aux fidèles. Nous, les chrétiens, pour être témoins, nous devons être ceux qui marchent derrière le Christ-serviteur en portant leur croix; être des hommes d’action qui avancent; je ne possède pas la foi, je la vis. Comme nous le dit saint Jacques dans la 2ème lecture : «Si quelqu’un prétend avoir la foi alors qu’il n’agit pas à quoi cela sert-il ? Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique… C’est par mes actes que je te montrerai ma foi.»

Cet Évangile que nous lisons régulièrement, devrait être capable d’attirer les hommes et les femmes de bonne volonté; il le fera à condition ‘Que nous le vivions le plus possible et que nous ne l’obscurcissions pas par des pratiques, des regrets, des nostalgies, des restaurations, qui lui feraient perdre de sa force d’attrait’ (Confession d’un cardinal – d’Olivier Le Gendre). L’Église n’a pas à faire de grands discours, à semer de belles paroles, ou pas uniquement, car cela peut n’être qu’une façade. Un chrétien vérifie sa foi dans ses comportements, en famille, au travail, dans la paroisse. C’est ce que font tous ces mouvements et services d’Église qui se présentent aujourd’hui. Ce sont des enfants, des jeunes, des adultes, des couples qui partagent leur foi en équipe et qui essaient de la vivre dans leurs relations quotidiennes. «C’est par leurs actes qu’ils montrent leur foi» . Et, dans notre Communauté il y a encore des témoins discrets d’une foi vivante qui s’épanouit en services généreux, qui donnent du temps, qui accueillent, aident et encouragent.

Notre époque a un besoin pressant de ces témoins d’une foi vivante, de personnes qui n’aient pas peur de reconnaître en Jésus Celui qui les fait vivre et qui leur montre le chemin, même s’il est parfois dur. Si nous étions vraiment témoins, si les chrétiens vivaient une foi authentique, les difficultés que l’Église traverse, ne seraient plus insurmontables et le christianisme ne mourrait certainement pas.

 » Pour toi, qui suis-je ? » Que vais-je répondre à cette question du Christ ?
AMEN

Abbé Bernard Scher
Communauté de Paroisses St Benoît de bouzonville