Ste Jeanne Jugan – Fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres

Jeanne Jugan

Jeanne Jugan

Petite Histoire de Jeanne JUGAN (Soeur Marie de la Croix)
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres,
béatifiée par Jean Paul II, le 3 octobre 1982,
( mission-web.com : canonisée à Rome le 11 octobre 2009 par Benoît XVI )

 

Mes petits enfants, par ce temps de misère, il y a beaucoup de pauvres. Il faut prier pour tous ceux qui sont sans feu, sans maisons, pour ceux qui, en France, ont quitté leur chez eux, n’emportant que si peu de chose ! Savez-vous que tous ceux-là sont de grands amis du bon Dieu ? N’a-t-il pas choisi pour lui-même, quand il s’est fait homme, d’être pauvre et dénué de tout ?

A Noël, vous avez fait la crèche ; vous avez couché l’Enfant Jésus sur la paille… Vous l’avez entouré de bergers… Lui, le Seigneur et Maître, le Créateur du Monde : de la terre, du ciel, des étoiles, de tous les anges, de tous les hommes…

C’est pourquoi je veux vous conter l’histoire de Jeanne Jugan, une pauvre qui aima tant les pauvres.

Jeanne est née à Cancale, le 25 octobre 1792, en pleine révolution.

Son père était marin comme la plupart des Cancalais ; six mois sur douze, il était en mer pour la grande pêche… et un jour, il ne revint pas… Son doris s’était sans doute perdu dans les brumes de Terre-Neuve… Pauvre petite Jeanne ! Elle n’avait que cinq ans !

Des sept enfants de Jugan le marin, trois moururent en bas âge.

Jeanne, la cinquième de la petite famille, était une très bonne petite fille, obéissante et travailleuse. Elle gardait les deux benjamins, aidait sa mère de toutes ses forces, et dès qu’elle fut assez grande, se plaça comme aide de cuisine à la Mettrie-aux-Chouettes. Ce n’était pas loin de chez elle, mais un jour il lui fallut dire adieu à sa maison, à son village des Petites-Croix… C’était dur, et elle pleura beaucoup. Pourtant, elle n’allait pas très loin…, seulement à Saint-Servan, près de Saint-Malo… Elle entrait comme infirmière à l’Hôpital du Rosais, sur la Rance.

Jeanne avait pensé se marier, puis, au cours d’une mission, elle avait compris que le bon Dieu la voulait toute à lui, pour une œuvre… mais sans savoir laquelle… Alors, elle attendait, en secourant les malheureux.

Et voilà qu’une bonne demoiselle la pria de quitter l’hôpital pour venir la soigner. Jeanne accepta, et vint habiter rue du Centre, chez, Mlle Lecoq. Elle avait beaucoup. de manies ; Jeanne la servit et la soigna avec tant de patience qu’elles devinrent de grandes amies, si bien qu’en mourant, la bonne demoiselle légua à sa servante son mobilier et 400 francs.

Où mettre ce mobilier ? Ça coûte de louer une chambre !… Justement, Françoise Aubert, dite Fanchon, cherche une compagne… A deux, les frais seront moins lourds. Fanchon restera au logis, fera le ménage et le  » fricot « , filera sa quenouille, tandis que Jeanne ira en journées pour gagner le pain quotidien.

Bien que peu solide, la grande Jugan, comme on disait, était une travailleuse. Elle s’entendait à coudre, à astiquer, faire des lessives ; elle s’entendait surtout à soigner les malades…

Bientôt, à Saint-Servan, beaucoup de familles l’employèrent.

En allant et venant, Jeanne rencontrait beaucoup de pauvres… Elle les aimait, voyant en eux les membres souffrants de Jésus-Christ.

Une fois même, elle pleura en apprenant qu’une vieille aveugle, impotente et dénuée de tout, restait seule. Que faire ? La visiter matin et soir ? Ce n’est pas suffisant. Notre bonne Jeanne lui fait une place dans sa chambre et lui prodigue toute l’affection et tous les soins qu’elle prodiguerait à sa maman.

Bientôt, Jeanne fait de la place pour une autre, et elle travaille tard dans la nuit pour les entretenir et leur gagner leur pain.

Anne Chauvin et Isabelle Quéru sont tout heureuses de se voir ainsi dorlotées, soignées, et Jeanne Jugan ne se doute pas qu’elle a déjà commencé l’œuvre que le bon Dieu attendait d’elle, et qu’un jour elle serait la mère de milliers de vieillards, la mère aussi de toutes les Petites Sœurs des Pauvres.

Le bon Dieu, qui pense à tout; envoya de l’aide à Jeanne et à Fanchon ; elles avaient recueilli une orpheline, Virginie Trédaniel, dont le père, marin lui aussi, était mort. Virginie partageait la chambre de Fanchon ; elle était couturière et travaillait tantôt en. journée, tantôt à la maison. C’était une sainte fille qui, touchée de la charité de Jeanne et de sa compagne, pensa tout simplement qu’elle pourrait les aider de son temps et de son argent.

Virginie avait une amie, Marie Jamet, fille d’un maçon et d’une petite épicière. Le dimanche, les deux jeunes filles aimaient à se retrouver sur la grève du Rosais pour parler ensemble du bon Dieu et de tout le bien qu’elles désiraient faire. D’autres fois, elles montaient dans le grenier de Jeanne Jugan, et tandis que Fanchon veillait aux bonnes vieilles, Jeanne, Virginie et Marie priaient, lisaient, s’encourageaient au bien et à la charité envers les pauvres. Un peu plus tard, Madeleine Bourges se joignit au petit groupe. Blanchisseuse de son état, elle avait échappé à la mort grâce aux bons soins de Jeanne et de Fanchon qui l’avaient prise chez elle. En reconnaissance, elle avait décidé de donner aux pauvres tout ce qu’elle possédait, et tout le gain de son travail.

Les pauvres et les servantes des pauvres ne manquaient donc pas. Ce qui manquait, c’était la place… permettant de recevoir d’autres vieillards. Le logement de Jeanne ne se composait que de deux petites chambres et d’un grenier. L’une des chambres était occupée par Fanchon et Virginie, l’autre par les deux bonnes vieilles, Anne et Isabelle, le grenier par Jeanne… Qu’à cela ne tienne ! On changera de maison ! Voici justement une grande pièce à louer, rue de la Fontaine. Elle n’est pas luxueuse ; le sol est en terre battue, elle est mal éclairée par deux fenêtres étroites donnant sur une ruelle, mais elle a l’avantage d’être vaste, et aussi d’être de plain-pied ; les chères petites vieilles n’auront pas d’escalier à monter.  » Le grand-en-bas  » est donc loué, et l’on s’installe dans l’enthousiasme. Le jour même, quatre infirmes rejoignent les deux autres ; bientôt, elles sont douze, et la salle est pleine.

Il s’agit maintenant de nourrir tout ce monde. Le gain de Jeanne et de ses compagnes n’y saurait suffire… Alors, Jeanne se dit :  » Ces bonnes vieilles mendiaient dans la rue, et de portes en portes… Eh bien ! je les remplacerai… Je me ferai mendiante à leur place… tandis qu’elles resteront bien au chaud dans leur lit ou au coin du feu.  »

 » Un tel, dit l’une, me donnait de la soupe.  »

 » Dans telle maison, reprend une autre, j’avais des liards et du, tabac… Et aussi des hardes…  »

Jeanne Jugan retient les adresses ; elle part… Elle frappe aussi chez ses amies, chez les gens qui l’ont employée… Et elle rentre contente, son panier plein de provisions.

Si l’on ne peut se procurer tout le nécessaire, eh bien ! l’on prie le bon Dieu, la sainte Vierge, saint Joseph…

Le jour du 15 août, chacun à Saint-Servan, à Saint-Jouan et dans bien des coins de Bretagne, dresse un  » reposoir  » à Marie. Avec l’aide d’un gendarme, l’on en fit un au grand-en-bas, et l’on mit au pied de la statuette les quelques pièces de linge qui restaient, avec cette inscription :  » Bonne Mère, voyez notre détresse ; nous n’avons plus de linge pour changer nos enfants.  » Et voilà que les visiteurs, comme pris d’émulation, ouvrirent leurs armoires et envoyèrent en hâte, qui des draps, qui des chemises, qui de la toile… et les chères petites vieilles ne manquèrent plus de rien.

Douze bonnes vieilles, ce n’était pas assez pour le grand cœur de Jeanne.

Pour en secourir davantage, elle rêva de louer, ou encore mieux d’acheter, le couvent des Filles de la Croix qui se trouvait en vente.

La Providence, la charité font des miracles… Des bienfaiteurs se présentèrent. M. l’abbé Le Pailleur, vicaire de Saint-Servan, et ami de la petite Îuvre, vendit sa montre en or et son calice et l’on acheta la maison de la Croix. Bientôt, elle abrita vingt, trente, quarante  » grand’mères « … et une partie du bâtiment fut réservée aux bons vieux, si à l’abandon jusqu’ici. N’avait-on pas signalé à Jeanne un vieux marin, Rodolphe Lainé. Depuis deux ans, il languissait, à peine vêtu, dans un caveau humide, mourant de faim, dévoré de vermine, ayant une pierre pour oreiller. Jeanne a couru vers lui, et ce triste spectacle l’a navrée ; elle a conté sa peine à une dame charitable qui lui a donné des vêtements, et après avoir  » toiletté le vieux Rodolphe, la bonne Jeanne, rayonnante, l’a transporté à sa maison. D’autres petits vieux sont venus l’y rejoindre, et ils sont tout heureux d’avoir un oreiller de plumes, du linge propre, de la soupe chaude, et le sourire réconfortant de celles qu’ils appellent déjà : Petites Sœurs.

Elles les aiment tant leurs chers vieillards !

Pourtant, ils ne sont pas toujours faciles !

Certains regrettent leur vie errante et les  » bolées  » dont ils abusaient un peu trop… Les bonnes vieilles, parfois se chicanent… Il faut beaucoup de patience pour répondre aux sourds, pour écouter ceux qui radotent ; beaucoup de dévouement pour guider, soutenir, soigner les infirmes, et beaucoup de courage pour panser les plaies, souvent incurables.

Les Servantes des Pauvres ont cette patience, ce dévouement et ce courage… Elles sont toutes simples, souriantes et douces…, elles sont vraiment les petites sœurs des vieux marins, de tous les bons vieux et bonnes vieilles qu’elles hébergent ; c’est vraiment la vie de famille.

Quelle joie quand on peut leur donner du dessert, du café, du tabac à chiquer…

Ah ! les bonnes Petites Sœurs, que ne feraient-elles pas pour leurs vieux !

Ils sont devenus si nombreux, que Jeanne doit aller quêter jusqu’à Saint-Malo, Paramé et dans la campagne. Elle n’a pas dé voiture… Elle part à pieds, son grand panier au bras… Quand, au retour, elle est trop lasse, elle s’asseoit au pied d’un calvaire. Les touristes, qui passent si nombreux maintenant par le carrefour des Sept-Pertuis, ne savent pas qu’au pied de la croix, dite longtemps la Croix-Blanche, une femme, gloire de l’Église, de la Bretagne, du monde entier, se reposa souvent d’avoir trop marché pour ses vieux…

Oh ! si seulement elle avait eu un petit âne comme ceux-là qui passaient sur la route, bien en file, montés par les femmes de Saint-Suliac ou d’ailleurs…

Mais non, Jeanne n’avait que ses deux jambes et ses deux bras…, mais elle avait un si grand cœur ! Quand elle demandait l’aumône, on sentait Dieu vivant en elle. La plupart l’accueillaient avec joie comme une sainte, et si on la rebutait, elle ne se fâchait pas.

Tel personnage, s’étant oublié au point de lui donner un soufflet, Jeanne, sans s’émouvoir, lui dit simplement :

–  » Mon bon Monsieur, ce soufflet est pour moi ; maintenant, je vous prie, donnez pour mes pauvres.  »

Et lui, touché, fit une belle aumône.

Une autre fois, des jeunes gens s’étant moqués de la grande Cancalaise, en fusent pris de remords, et s’étant cotisés, lui remirent 5 francs.

–  » A ce prix-là, moquez-vous de moi tant que vous voudrez « , leur dit la bonne Jeanne tout heureuse.

La petite œuvre de Saint-Servan était devenue une grande œuvre ; et bientôt les autres villes de France voulurent avoir, elles aussi, des Sœurs pour leurs vieillards… et des maisons s’ouvrirent à Rennes, Dinan, Tours, Angers, Laval, Paris, Nantes. Et Jeanne allait toujours, avec son grand panier, arpentant les villes et les campagnes… Dès qu’elle était là, toutes les bourses s’ouvraient… Et puis, la Providence veillait toujours. Avait-on besoin d’argent, un bienfaiteur, souvent un inconnu, apportait juste à point un rouleau de pièces d’or… Les bons vieillards ayant soupé, ne restait-il rien pour les Sœurs ?… Drrring…

Un coup de sonnette ; c’étaient les reliefs d’un festin ou un dîner tout cuit, qui arrivait à point. Elle est si bonne, la Providence ! Le bon Dieu a toujours les yeux sur nous ; il veille sur nous à chaque instant, parce qu’il est notre Père.

Il fallait aussi une maison pour former les jeunes filles qui voulaient être Sœurs des Pauvres. On l’établit à Saint-Perne, entre Rennes et Dinan ; on l’appela Tour Saint,Joseph, et c’est là que Jeanne passa les vingt-six dernières années de sa vie, car elle ne mourut qu’à quatre-vingt-six ans.

Le bon Dieu, qui la voulait très humble, avait permis que, depuis bien longtemps, elle ne fut pas supérieure… c’était une Petite Sœur comme les autres, plus grande peut-être par la taille, mais si petite dans sa simplicité !

A la Tour Saint-Joseph, elle cousait, tricotait avec les novices, elle leur donnait de bons conseils et leur racontait des histoires du vieux temps, sans jamais dire qu’elle était fondatrice.

Plus tard, ayant peine à marcher, bien que toujours très droite, elle s’en allait, avec son grand bâton, à travers les jardins et les champs, disant son chapelet, adressant un mot de bonté aux travailleurs qu’elle rencontrait. Quand les novices chantaient, avec Son grand bâton, toujours, elle battait la mesure…

Et voilà qu’un beau jour, son grand bâton fit un miracle, ou plutôt, par lui, Dieu fit un miracle… Un enfant de cinq ans, l’ayant saisi pour s’amuser, se mit à marcher ferme, lui qui n’avait jamais pu, jusque-là, se servir de ses jambes.

Peu à peu Jeanne dut raccourcir ses longues stations à la chapelle, on vit moins souvent dans le jardin sa grande cape noire… Le vendredi 29 août 1879, elle se leva pourtant de bon matin, comme de coutume, entendit la messe, et peu après, tandis que debout elle disait son chapelet, la mort vint la chercher.

La mort, c’est la messagère du bon Dieu ; elle nous ouvre le paradis : Jeanne avait une maladie de cœur :  » Père; dit-elle, ouvrez aujourd’hui vos portes à la plus misérable de vos petites filles, qui a si grand’envie de vous voir.  »

Puis, s’adressant à la sainte Vierge :  » Ma bonne Mère, venez à moi ; vous savez que je vous aime, et que j’ai bien envie de vous voir…  »

Et elle partit chez le bon Dieu…

Et le Christ qui nous a dit :  » Bienheureux les pauvres, bienheureux les humbles « , la plaça bien haut dans son paradis…

Quelle joie pour Jeanne d’y retrouver les âmes des chers vieillards sauvés par elle et par ses Sœurs ! Car les petites Sœurs ne se contentent pas de soigner les corps, elles ramènent au bon Dieu tous ceux qui l’ont quitté.

Sur la terre, Jeanne laissait 2 488 Petites Sœurs, 177 maisons et 20 500 vieillards.

Maintenant l’on compte par le monde 6.000 Petites Sœurs, 307 maisons, près de 52.000 vieillards… Comme au premier jour, la Providence veille ; Saint Joseph, lui aussi, n’est pas là pour rien ! Et les chrétiens sont généreux ; tout le monde s’en mêle.

Le Foi des Belges donne un bel âne, les dames de la halle, du poisson…, la mercière, des bobines de fil…, la fermière, des œufs ou du beurre. Ce sont les braves femmes du marché aux légumes de la ville de Nantes qui valurent aux Sœurs des Pauvres leur titre de Petites Sœurs, Il leur va si bien ! Même quand elles sont grandes !…

Mes petits enfants, respectez-les, ces Petites Sœurs, montrez-vous généreux.

Du paradis, celle qu’un jour nous appellerons peut-être sainte Jeanne Jugan vous demande d’aimer beaucoup, comme elle, le bon Dieu et les pauvres, d’avoir beaucoup d’égards pour les bons vieux.

Oh ! mon Dieu, accordez-nous, ainsi qu’à ceux qui souffrent partout, beaucoup de grâces, par l’intercession de la bonne (Bienheureuse) Jeanne Jugan !

Agnès GOLDIE

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